Contribution du collectif n°158 à l'enquête publique de Boulogne Billancourt

Lettre recommandée avec accusé de réception Objet :

avis sur l’enquête publique « Révision générale du plan local d’urbanisme de Boulogne-Billancourt ».                                   

 

Meudon, le 1er avril 2018 
 
 
 
            Monsieur le commissaire enquêteur,
 
 
 
 
   Au sein de la révision générale du plan local d’urbanisme de la commune de BoulogneBillancourt, l’aménagement de la pointe amont et du centre de l’Ile Seguin doit penser l’île comme indissociable de la Seine et des coteaux pour parvenir au meilleur urbanisme pour l’ensemble de l’île maintenant occupée, sur sa pointe aval, par la Seine musicale édifiée par le conseil départemental des Hauts-de-Seine.
 
   Cette évidence de l’unité de l’île inscrite dans son paysage doit être rappelée car le dossier aujourd’hui soumis à enquête publique semble trop souvent oublier que l’île et ses berges forment un tout indissociable du fleuve et de ses berges comme des collines boisées environnantes et des aspirations des habitants des deux rives.
 
   En général, la note de présentation ne semble pas avoir assez perçu le caractère exceptionnel de l’Ile Seguin. La biodiversité de l’île, son caractère paysager, son rôle d’îlot de fraîcheur et d’apaisement pour les habitants de la région ne sont pas soulignés ; ni la mise en valeur de ces atouts ni leur développement ne sont prévus. De ce fait, leur abandon ou leur destruction se dessinent en filigrane des documents de la consultation. 
 
   C’est ainsi que l’Ile Seguin n’est pas énumérée dans la liste des « espaces verts structurants de la ville » à protéger durablement ! (page 7 de la note de présentation). Elle n’est pas davantage considérée dans le P.A.D.D. comme pouvant constituer « un poumon vert » et un « réservoir de biod iversité » (paragraphe 3.3.2.). Pourtant, seule l’île possède la dimension pour jouer ces rôles, bien mieux que les « espaces verts intérieurs privés, squares, cœurs d’îlots... » ! (page 7 de la note de présentation).
 
   Plus grave, la « transition énergétique » conduirait à intensifier le tissu urbain en imaginant de compenser cela par des « dispositions en faveur de la trame verte et bleue permettant de limiter l’effet de chaleur urbain » (page 8 de la note de présentation). Comment croire un instant à ce rééquilibrage miraculeux alors que l’Ile Seguin, seul véritable « poumon vert » potentiel à l’échelle de la ville, serait elle-même densifiée ? 
 
 
   De même, les berges de l’Ile Seguin ne sont pas mentionnées en tant que telles ou alors simplement considérées comme une sorte de chemin de ronde pour piétons, une « continuité piétonne », et non comme un espace naturel végétalisé directement relié à la vie aquatique du fleuve et dont la biodiversité doit être respectée et enrichie. 
 
   Les alignements d’arbres sur l’Ile Seguin ne sont pas pris en compte alors que le P.A.D.D. entend les « protéger et renforcer » ailleurs (page 7 de la note de présentation). Déjà, la Seine musicale sitôt achevée, l’alignement emblématique des grands peupliers de l’extrémité de la pointe aval a été abattu sans souci de le remplacer par d’autres arbres à haute tige d’un certain âge.
 
   La note de présentation affirme qu’il est question de « tourner la ville vers le fleuve » (paragraphe 3.2.2. du P.A.D.D.) mais elle ferme les yeux sur la fermeture programmée de l’Ile Seguin sur le fleuve qui ressort de tous les documents soumis à consultation.
 
   A ce stade, il est utile de rappeler la teneur et l’actualité du rapport de présentation de la modification du plan local d’urbanisme en 2015 qui soulignait que, l’île « s’inscrit dans l’un des plus beaux méandres de la Seine . Elle occupe une place privilégiée dans un ensemble d’une richesse exceptionnelle. Les multiples composant es du paysage se font écho en ce site : les parcs, les coteaux boisés, la Seine, ses rives et enfin les différentes îles. ». 
 
   « La rive sud de l’Ile Seguin s’ouvre sur un paysage marqué par une forte présence végétale , constitué des coteaux de Sèvres et de Meudon… de multiples jardins ainsi que la présence en surplomb du parc de Brimborion et de celui des Tybilles… Ils viennent offrir un paysage exceptionnel dans la région parisienne . Ces coteaux constituent un arrière - plan végétal pour l’Ile Seguin , fond de scène très contrasté par rapport au paysage horizontal et urbain de la rive droite. »
 
   Actuellement, cette beauté se découvre depuis les berges comme depuis le fleuve, l’île ou les collines et ces aperçus séduisants n’ont besoin que d’un élément pour continuer à se révéler : une vue dégagée – condition nécessaire mais dont le projet de révision générale du plan local d’urbanisme risque de priver l’île, tant sur la pointe amont qu’au centre de l’île en créant des premiers plans massifs masquant l’arrière-plan végétal décrit ci-dessus.
 
   En effet, si d’aventure venaient s’édifier sur la pointe amont et le centre de l’île des bâtiments excédant l’équivalent de trois ou quatre étages hors tout, sur pilotis, il deviendrait définitivement impossible de parler de transparences d’une rive à l’autre ou d’apercevoir la boucle de la Seine auréolée de ses collines verdoyantes ; le geste architectural fort constitué par la résille du dôme de la Seine musicale surmonté de sa voile serait masqué par les constructions en amont et au centre de l’île. La lourde masse longiligne de la partie basse du bâtiment de la Seine musicale démontre déjà in situ la réalité de ce risque.  
 
   Au-delà de l’aspect visuel, essentiel pour un paysage protégé et qui mérite d’être respecté par tous, il convient, en outre, comme le mentionnait déjà, en août 2015, l’avis de l’autorité environnementale, à savoir le préfet des Hauts-de-Seine, de vérifier que l’élaboration du projet d’aménagement de la pointe amont intègre l’environnement dans la mesure où ce projet serait susceptible d’avoir des incidences importantes sur son environnement (page 1).
 
   Ce qui était vrai pour le respect de l’environnement sur la pointe amont en 2015, le demeure en 2018 et l’est a fortiori également pour l’ensemble constitué par le centre de l’île et la pointe amont. Et même davantage encore puisque l’aménagement de la pointe aval laisse encore espérer le meilleur pour l’essentiel de l’île.
 
   A cette fin, les incidences environnementales devaient être recensées afin d’imaginer « toutes les alternatives et mesures envisageables pour éviter, réduire et compenser les incidences négatives sur l’environnement ainsi que les mesures de suivi proposées (Avis de l’autorité environnementale du      20 août 2015, page 2).
 
   Il y a là un vrai risque par rapport à l’état initial car, par exemple, « des campagnes de mesure  de la qualité de l’air et de l’ambiance acoustique du site ont été réalisées et montrent que la situation particulière de l’île en font un milieu rela tivement préservé au sein de la petite couronne parisienne » (page 5).
 
   L’autorité environnementale a bien posé que la première priorité consiste à éviter les incidences négatives, ce à quoi, fort des enseignements de la période récente, le Commissaire enquêteur peut contribuer mieux que personne en 2018.
 
  Pour cela, l’autorité environnementale avait prescrit en 2015 (page 5) de :
 
- « tendre vers le rejet zéro d’eaux pluviales » dans la Seine, à l’opposé d’une approche « tout à l’égout » ;

- respecter « les besoins de restauration des milieux naturels », qu’il s’agisse des friches écologiques – et non plus industrielles – sur l’île et ses berges comme sur celles du fleuve, ou de la trame verte et bleue incluant le corridor écologique constitué par la Seine ;

et donc attendre les orientations du SRCE (en cours d’élaboration en 2015) qui primeront sue les objectifs de densification du SDRIF ;

- approfondir les études sur le grand paysage car « le PLU doit prendre en compte le paysage vu des communes limit rophes et notamment des coteaux opposés aux rives de Boulogne-Billancourt » ;

- présenter explicitement les perspectives d’évolution tendancielle de l’environnement ;

- se rappeler que « les incidences positives comme négatives doivent faire l’objet de dém onstrations plus approfondies sur la base des éléments mis en avant par l’état initial… Les mesures envisagées doivent être détaillées » ;

- réaliser «  une projection de l’insertion future de l’île , illustrée et analysée du point de vue du paysage existant, tant depuis  la rive droite que depuis les coteaux »  car l’affirmation que la mise en compatibilité (en 2015) ou la révision générale (en 2018) du plan est susceptible d’avoir « une incidence positive sur la paysage » « ne constitue pas une analyse des incidences… ni la démonstration que ces incidences seront positives.

D’autant que le d o s s i e r  i n d i q u e  q u e les modifications de hauteurs impacteront les co - visibilités sans développer d’avantages ». 
 
   

 
   L’autorité environnementale a relevé aussi en 2015 (page 7) que :
 
- la suppression de la zone NDb sur les berges mériterait d’être davantage justifiée car cette zone ne pourra être urbanisée en raison des engagements pris dans le cadre du dossier loi sur l’eau ; à noter que cette zone a été rétablie depuis ;
 
- pour la trame verte et bleue, le remplacement de la zone NDb par la nouvelle zone UCf (pointe amont de l’île) mériterait d’être développé afin de garantir la restauration de continuités écologiques car la page 79 de l’évaluation environnementale présente une analyse trop succincte ne s’appuyant pas véritablement sur l’état initial ;
 
- pour le paysage, les modifications envisagées «  ne permettent pas de s’assurer de l’insertion paysagère de l’île d ans la  boucle de la Seine » ; à cet égard, la description de l’état initial et l’analyse des incidences devraient être approfondies ;
 
- quant à la desserte et aux nuisances, « l’impact de la densification de l’île sur la circulation routière (notamment s ur la RD 1 à Boulogne et la RD 7 à Meudon) n’est pas évalué avec assez de précision » ; « les incidences sur les émissions de polluants et les nuisances sonores ne sont pas appréhendées ».
 
   En conclusion de son avis (page 8), « l’autorité environnementale recommande d’approfondir l’analyse des incidences sur l’environnement , notamment en ce qui concerne la restauration des continuités écologiques, l’impact sur le paysage depuis les communes limitrophes et les nuisances engendrées par le tra fic automobile » .
 
   Justement, tout un chacun, en constatant le caractère lacunaire des études menées en 2015 et non suffisamment approfondies depuis et en examinant l’importance de ces incidences sur l’environnement, ne peut qu’émettre les plus vives réserves sur la pertinence de considérer tantôt la pointe aval de l’île, tantôt sa pointe amont, tantôt sa partie centrale, comme trois projets emblématiques distincts aux portes de la capitale de la France alors que les incidences négatives sur l’environnement de l’aménagement de chacune des trois parties de l’île risquent de s’additionner plutôt que de se compenser ou de s’annuler mutuellement.
 
   L’ampleur des nouveaux projets sur l’île, de leurs denses volumes architecturaux (massifs bâtiments à angles aigus contrastant avec la pureté des courbes des collines, la boucle de la Seine et les profils incurvés des rives ; énormes masses verticales culminant à plus de 87 mètres NGF sur l’île en sus d’un socle déjà élevé ou encore, dans la zone du Pont de Sèvres, à plus de 148 mètres NGF voire même à plus de 192 mètres NGF (pages 172, 208 et 214 du Règlement de la révision du P.L.U. de 2018), compromettrait gravement et définitivement les perspectives depuis et sur le fleuve, les berges, les coteaux de Meudon, de Sèvres et de SaintCloud.
 
   Face à ces réalités, l’étude d’impact jointe au projet de 2015 comme à celui de 2018 semble insuffisante car elle ne s’inscrit pas dans l’évaluation environnementale globale qui manque toujours à l’aménagement de l’ensemble de l’Ile Seguin ; des études environnementales partielles, encore à approfondir, risquent de laisser survenir l’irrémédiable.
 
   En outre, la conception de l’aménagement de l’Ile Seguin dépasse l’intérêt communal ou intercommunal – même en y incluant la ville de Paris – ou encore départemental ; elle apparaît davantage comme relevant de l’échelon régional voire du niveau national puisque l’île est située en lisière de la capitale et que, comme esquissé en décembre 2017 par le Président de la République à l’occasion d’un sommet pour la planète tenu sur l’île, le respect du caractère naturel de l’île pourrait constituer durablement l’emblème de la transition énergétique face aux changements climatiques.
 
   Les remarques émises lors des précédentes enquêtes d’utilité publique sur la densification excessive de l’île, sur la nécessité d’en respecter à la fois le caractère, la faune et la flore ainsi que les protections attachées aux sites et monuments l’environnant, l’importance des flux migratoires quotidiens d’habitants ou de travailleurs assortis de l’insuffisance des infrastructures de transport en commun, les atteintes à la qualité de l’eau du fleuve, les nuisances sonores, l’absence de concertation préalable avec l’ensemble des riverains demeurent valables pour la révision générale du P.L.U. en 2018. 
 
   A ces éléments est venue s’ajouter, subrepticement, la nuisance lumineuse et publicitaire d’un écran géant de 800 mètres carrés au bord de la Seine Musicale fonctionnant tard dans la soirée alors qu’un règlement de publicité est en cours d’élaboration pour l’intercommunalité. Pour le respect du caractère spécifique de l’île « culturelle », une seule solution s’impose : l’interdiction de toute publicité sur l’île.
 
   Sans parler des nuisances sonores pouvant résulter de concerts en plein air dont les basses s’entendent à plusieurs kilomètres…
 
   Face à de telles réalités aux nuisances bien concrètes, la phraséologie emphatique, et trop souvent creuse, de nombreux passages des documents soumis à l’enquête publique ne parvient ni à faire diversion ni à masquer les lacunes évidentes du projet de révision générale. 
 
   Sur l’île, la friche industrielle devenue friche écologique après la démolition des usines Renault ne saurait être sacrifiée à la spéculation foncière et immobilière alors que le besoin d’espaces verts est patent à Billancourt.
 
   Encore une fois, les expressions floues, pompeuses ou ambiguës employées dans certains documents du dossier d’enquête publique contrastent avec l’absence de photographies, de croquis, de mises en perspectives, d’extraits de simulation en 3D. Cela cadre mal avec l’ampleur des changements irrémédiables envisagés.

En 2018, des images de synthèse juxtaposant, sous plusieurs angles, des vues de l’île et sur l’île dans son environnement, avant et après les aménagements projetés, auraient été et demeurent les bienvenues.
 
   En l’état, le projet présente non de fortes caractéristiques d’intérêt général mais des caractéristiques marquées d’atteintes certaines et définitives à l’intérêt général.   
 
 
 
   Au-delà des observations ci-dessus relatives à divers éléments des documents soumis à enquête publique, il importe également d’insister sur des omissions à combler par inscription de nouvelles dispositions dans le P.L.U. pour éviter, tant que cela est encore possible, toute dérive des aménagements projetés. 
 
   Tel est le cas pour l’interdiction générale de construction de pistes d’atterrissage ou de décollage d’aéronefs sur l’île.
 
   Tel est le cas aussi pour le décompte des mètres carrés constructibles afin que les espaces susceptibles d’être couverts par des verrières entrent dans ce décompte dès les cessions de terrains et que les espaces excédant 2,50 mètres de hauteur sous plafond – comme, par exemple, les studios de télévision – soient décomptés pour autant de mètres carrés que leur volume pourrait inclure d’étages courants.
 
   Enfin, alors que la densité de Boulogne-Billancourt est déjà extrêmement élevée, égalant presque celle de Manhattan, et que la révision générale du P.L.U. ambitionne de l’élever encore, il est prioritaire de tenter d’équilibrer cette démesure par le classement du centre et de la pointe amont de l’Ile Seguin et de ses berges en zone naturelle.
 
   Le rapport de présentation du plan local d’urbanisme de 2015 soulignait que la ville, déjà urbanisée à l’extrême, manque à la fois de sites remarquables, d’espaces verts et de « terrains de sport de grands jeux ».
 
   De plus, des études ont mis en évidence l’influence très bénéfique des espaces verts pour la santé physique et mentale des habitants et même une influence sur leur espérance de vie.
 
   Des études scientifiques ont montré que les espaces naturels de verdure et de fraîcheur sont indispensables pour atténuer les effets néfastes sur la santé des vagues de chaleur, en particulier nocturnes, qu’engendreront de plus en plus les changements climatiques inéluctables. Le classement en zone naturelle éviterait que la densification de l’île n’apparaisse comme une expérience d’apprenti sorcier imprudemment menée dans « le laboratoire de mise en œuvre de la densité urbaine ».
 
   Le préfet des Hauts-de-Seine ne s’y est d’ailleurs pas trompé lorsque, en février 2018, il suggère, dans l’annexe à son avis, à propos de la zone UCc : « La zone UCc correspond à l’Ile Seguin. Le parc de l’Ile Seguin aurait pu être valorisé par l’introduction d’une zone natu relle (N). ». Il est encore temps.
 
   Troubles visuels, sonores et troubles de la circulation urbaine sont garantis par les promoteurs de la révision générale du plan local d’urbanisme qui soulignent fièrement que 

 
« des événements à toute heure du jour et de la nuit » témoigneront d’une « activité permanente sur l’Ile Seguin ».
 
   Après la parenthèse industrielle des Usines Renault, il conviendrait plutôt de revenir à l’ambition première de Louis Renault pour ses ouvriers lorsqu’il fut séduit par le caractère naturel de l’Ile Seguin.
 
   En 2018, le classement de la friche écologique constituée par l’Ile Seguin en zone naturelle permettrait de la rendre à son site, à son fleuve, à ses usagers, à ses riverains, à ses amis, à ses admirateurs en manque de paysages harmonieux, d’air pur, d’îlots de fraîcheur, de biodiversité, d’espaces verts, de terrains de sport afin de préserver, aux portes de Paris, pour eux-mêmes et les générations futures, le dernier espace libre de la belle boucle de la Seine. 
 
   Cela répondrait à une forte attente : une pétition, lancée il y a moins d’un mois, intitulée « Créez une île verte à Paris ! » a déjà recueilli plus de 13 000 signatures. 
 
   Enfin, en raison de plusieurs éléments développés ci-dessous en annexe (points 1, 2, 3, 5 et 6), et afin que l’information donnée reflète la réalité, la phase de consultation du public au cours de l’enquête du même nom devrait être prolongée.
 
   En vous remerciant pour l’attention que vous voudrez bien porter à la présente contribution à l’enquête publique et de l’écho que vous ne manquerez pas de lui donner, nous vous prions de croire, Monsieur le Commissaire enquêteur, à l’expression de notre considération la plus distinguée,
 
 
 
Monsieur le Commissaire enquêteur Enquête publique « Révision générale du plan d’urbanisme de Boulogne-Billancourt » Hôtel de ville de Boulogne-Billancourt 26, avenue André Morizet 92104 BOULOGNE-BILLANCOURT cedex                      

Le Collectif « Vue sur l’Ile Seguin »
 
 
 
ANNEXE
 
 
1. Le contexte juridique   

La révision du P.L.U. donnant lieu à enquête publique en mars 2018 doit prendre en compte les faits suivants : 

 
1) seul le P.L.U. de 2004 est purgé de tout recours ; il limite la constructibilité de l’Ile Seguin (Zone UCc) à 175 000 m2 ; 

2) le P.L.U. de 2011 a été annulé, en 2013, par le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise (jugement du 9 juillet 2013 joint qui aurait dû être incorporé au dossier de la révision générale) ;

3) le P.L.U. de 2013, qui présente les mêmes failles juridiques que son prédécesseur, a fait l’objet de plusieurs recours contentieux ;

4) en 2015, la déclaration de projet sur la pointe amont de l’Ile Seguin a fait l’objet de plusieurs recours contentieux ;

5) le protocole d’accord de 2015 entre la ville de Boulogne-Billancourt et une seule association n’a recueilli aucune signature d’autres associations ou de riverains ; ce protocole est donc, en creux,  nettement un protocole de désaccord ;

6) en octobre 2016, la concertation-médiation, lancée, à la demande de la ville, – et durant laquelle le tribunal administratif a suspendu son travail sur les contentieux en cours relatifs à l’Ile Seguin – est toujours en cours en mars 2018 et devrait durer jusqu’à l’été.   

L’absence d’un rappel objectif de l’ensemble des éléments ci-dessus est de nature à affecter la validité de l’enquête publique.    Cela pose également a question de la validité juridique des cessions de terrains consenties et des permis de construire accordés depuis 2015.
 
2. Les calendriers
 
   Les divers calendriers (électoral, d’élaboration de documents et de modification ou de révision générale du plan local d’urbanisme, d’enquêtes publiques, de cessions de terrains, de demandes et d’octroi de permis de construire, de recours gracieux et contentieux, de jugements ou d’attente de jugements, de concertation, de médiation…) se télescopent depuis 2004 et ont abouti, en 2018, à une situation complexe voire à des incohérences.
 
   Dans l’immédiat, cela conduit à solliciter du Commissaire enquêteur une prolongation de la durée de l’enquête publique puisque, en cas de résultat positif de la médiation en cours, c’est au minimum l’O.A.P. n° 3 contenue dans l’enquête publique qui sera modifiée en conséquence ; or ce changement, actuellement possible mais ni probable ni prévisible, devra être porté en temps utile à la connaissance des participants potentiels à l’enquête publique.
 
  Le fait que l’existence même de la médiation et son champ n’ait pas été portée à la connaissance du public est de nature à entacher la validité de l’enquête publique en cours. 
 
 
 

 
3. Le flou des documents présentés   

Comme relevé par le préfet des Hauts-de-Seine dans son avis du 13 février 2018, Grand Paris Seine Ouest (G.P.S.O.) n’a pas effectué tous les efforts nécessaires pour favoriser la meilleure compréhension des éléments sur lesquels le public est consulté (Avis du préfet annexé à sa lettre en date du 13 février 2018, à propos de la Zone UCc, Ile Seguin) : « Ces éléments , qui s’apparentent à des objectifs plutôt qu’à des règles et qui font de cet article 15 une charte plutôt qu’un règlement, laissent trop de place à l’interprétation et sont difficilement vérifiables » – il s’agit d’éléments relatifs à la conception climatique, à la gestion de l’eau, à l’acoustique, aux matériaux et à la gestion des déchets entre autres.
 
 
4. Les zonages
 
   La présentation du P.L.U. soumis à consultation laisse entendre que la délimitation des zones serait intangible. Il n’en est rien.      

Vers la fin d’une annexe relative aux Avis des personnes publiques associées, dans l’annexe à l’Avis du préfet des Hauts-de-Seine, en date du 13 février 2018, Zone UCc, Ile Seguin, après avoir distingué nettement les zones d’habitat et de bureaux du cœur de ville de la zone  paysagère de l’île, le préfet s’interroge sur la préférence de Boulogne-Billancourt pour l’édification de bureaux plutôt que de logements.

Le préfet des Hauts-de-Seine se demande s’il ne serait pas envisageable de transformer une partie de l’île Seguin et ses berges en espace naturel (zone ND).   

Il serait souhaitable que cette partie classée en zone naturelle puisse inclure le centre et la partie amont de l’île, c’est à dire sa totalité hormis la Seine musicale.    

5. La dissimulation des règles relatives aux hauteurs maximales des bâtiments   

Les hauteurs maximales des constructions futures ne figurent pas aux paragraphes « hauteurs » du P.L.U. à savoir, pour chaque zone d’aménagement, les articles 10 intitulés « hauteur maximum des constructions » (Zone UA, article UAa 10, page 44, Zone UAb, article UAb10, page 66, Zone UAc, article UAc 10, page 87, Zone UBa, article UBa 10, page 111, Zone UBb, article UBb 10, page 136, Zone UCa, b, article UCa, b 10, page 158, Zone UE, article UE 10, page x) tandis qu’une série de dérogations majeures à ces principes figurent, plus d’un dizaine de pages plus loin à chaque fois – après de longues dispositions relatives aux stationnements –, aux articles 15 intitulés « performances énergétiques et environnementales » où un bonus miraculeux « pour exemplarité énergétique » est accordé aux constructeurs économes en énergie – et voraces en béton : le droit de construire 30 % plus haut que la maximale autorisée (Zone UA, article UAa 15.2, page 55, Zone UAb, article UAb 15.2, page 79, Zone UAc, article UAc 15.2, page 94, Zone UBa, article 15.2, page 124, Zone UBb, article 15.2, page ?, Zone UCa, b, article UCa, b 15, page 168, Zone UCe, article UCe 15.1, page 214). 

 
    Sur ce point essentiel des hauteurs maximales, la présentation du Règlement du P.L.U. est de nature à induire en erreur la quasi-totalité de ses lecteurs en dissimulant 30 % de la hauteur maximale possible.     

Bien plus, sur la Zone UCe, au pont de Sèvres, est prévue un immeuble de très grande hauteur – pour ne pas dire « tour », communication oblige, car elles sont décriées – de 148 mètres NGF (article UCe 10.1, page 203).   

Compte tenu du gigantisme de cette tour, l’on se serait attendu à la voir écartée du bénéfice de la dérogation résultant du « bonus énergétique » (article UCe 15.1, page 214) prévue pour des immeubles de six à dix étages dans les autres zones. Il n’en est rien ! Cela signifie que cette tour « économe » pourrait bondir de 148 mètres NGF jusqu’à 192,4 mètres NGF, soit 44,4 mètres supplémentaires !   

Cette tour culminerait plus haut que l’Observatoire de Meudon et dévorerait l’équivalent de parts du ciel et du soleil de Paris supérieures à celles de la Tour Montparnasse.   

Curieusement, dans le projet de P.L.U. – information oblige –, aucun schéma n’illustre l’apparence ou les ombres portées du « promontoire » de l’Ile Seguin ou de la tour du Pont de Sèvres. Serait-ce pour éviter que la représentation imagée de ces réalités n’enflamme les esprits au moment de l’enquête publique ?   

Cependant, en fin de Règlement du P.L.U. figurent des schémas montrant les « gabaritsenveloppes » des immeubles dans les différentes zones selon qu’ils bénéficient ou non de l’augmentation de 30 % de leur hauteur (page 355 et suivantes). Ni la tour de la zone UCc, Ile Seguin, ni la tour de la zone UCe n’y sont représentées.   

L’ensemble des éléments ci-dessus laisse craindre que la présentation du projet de P.L.U. soit de nature à fausser la juste appréciation du public sur les hauteurs des bâtiments.
 
6. La nécessité d’éviter toute ambiguïté sur les hauteurs maximales des bâtiments 

     Sur l’Ile Seguin (Zone UCc), après les errements de 2011 incluant cinq tours sans fin surmontées de « châteaux », il est maintenant envisagé, un « promontoire » atteignant 87 mètres NGF sans compter la possibilité d’y ajouter une « mezzanine » sur 50 % de la surface du dernier plancher bas…   

Pour fixer des règles compréhensibles, il serait non seulement souhaitable d’intégrer dans le « volume de couronnement » comptant dans la hauteur maximale outre les machineries d’ascenseur, de réfrigération ou de climatisation également les antennes ou paraboles et de parler dans l’ensemble du projet de P.L.U. de hauteurs hors tout